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Spanish Touch

lundi 16 juin 2008 par allezaucinema

Un cinéma à la créativité véloce et variée

À l’occasion de la troisième édition du « Madrid de Cine Spanish film Screening », véritable plate-forme du cinéma espagnol où s’enchaînent les rencontres professionnelles entre acheteurs, vendeurs et producteurs internationaux de l’industrie cinématographique, dans son souci de vous faire découvrir un cinéma en pleine ascension avec un avenir prometteur comme l’est le cinéma Espagnol, allezaucinema est allé à la rencontre de cinéastes aux genres et aux sujets variés. Qu’il s’agisse de réalisateurs ayant une vingtaine de réalisations à leur actif comme Imanol Uribe (La carta Esferica), Gonzalo Suarez (Oviedo Express), Emilio Martínez Lazaro (13 rosas) ou le grand Julio Medem qui signe cette année sa douzième réalisation avec Caotica Ana, un film lumineux, ou bien de plus jeunes cinéastes comme Gonzalo López-Gallego pour son El rey de la montaña - Les proies – sorties prévues en France en Juillet 2008) ou Los Cronocrimenes de Nacho Vigalondo et Eskalofrio de Isidro Ortiz, le cinéma espagnol est d’une jeunesse et d’une vitalité en pleine explosion, et nous offre dans son ensemble un éventail de genres : de la comédie romantique au film d’aventure, en passant par le film policier et évidemment le thriller, genre en pleine explosion.

Le "genre” espagnol a le vent en poupe

1996 : le public découvre un film, un thriller exceptionnel qui marquera beaucoup de jeunes réalisateurs et cinéphiles gourmands de film de genre : TESIS de Alejandro Amenabar. Ayant pour thème le snuff movie, ce film à petit budget, presque un film d’école, deviendra un véritable phénomène. Distribué en France dans la confidentialité, seule une poignée d’initiés eurent la chance de le voir. Il fallut attendre la sortie de film comme Abre los ojos pour que le public découvre ou redécouvre Tesis.

Années 2000 : Le thriller "hecho en España"

10 ans après Amenabar, le thriller espagnol dévore nos salles, nos lectures et nos ordinateurs. Des films comme El Orfenato de Juan Antonio Bayona, véritable carton international, relance le film de genre. Il y a aussi Juan Carlos Fresnadillo avec 28 semaines plus tard, film époustouflant, terrifiant et intelligent, et REC, bien sûr, de Paco Plaza et Jaume Balagueró, encore un plein dans le mille. Vous en voulez encore ? Alors voilà ce qui vous attend : El rey de la montaña (Les proies) , Cronocrimenes et Eskalofrio. Trois films haletants qui vont vous offrir de véritables sueurs froides et une bonne dose de sang qui gicle sur des visages innocents. Toute cette nouvelle génération, très influencée par les films de Brian de Palma, William Friedkin ou de Sam Peckimpah sait distiller ses connaissances pour nous offrir des films avec une véritable identité et originalité.

Des réalisateurs au regard personnel

Au-delà des films de genre ou voués à un succés commercial, il existe des cinéastes plus intimistes au regard personnel et inimitable. Des réalisateurs comme José Luis Guerin avec La ciudad de Sylvia, un film contemplatif, la balade d’un jeune homme à la recherche d’une femme, un “walk movie” co-produit avec la France offrant son premier rôle au jeune acteur Xavier Lafitte avec la magnifique Pílar Lopez de Ayala (13 rosas de Martinez Lazaro)) une actrice tout en émotion, pleine de retenue. Il y a aussi 53 días de invierno de Judith Coleil (Nosotras), un film magnifique, une réflexion sur une société de plus en plus difficile à vivre, une plongée dans l’isolement et ses dérapages, un film plein d’amour et de compassion à l’interprétation soignée et généreuse de Alex Brendemühl (Pretextos de Sivia Munt)) et Ana Cloitet (Animal ferits de Ventura Pons) avec dans le rôle d’une mère en pleine déchirure post-divorce une Silvia Munt (réalisatrice de l’extraordinaire Pretextos) en dépression.

De Gonzalo Suarez à Julio Medem, deux âges, deux univers

Gonzalo Suarez (Oviedo 1934) est un écrivain (El hombre que soñaba demasiado) et un réalisateur à l’intelligence ironique, un homme de la trempe de Boris Vian : Journaliste, musicien, auteur, réalisateur et parfois acteur. Avec son dernier film Oviedo Express (très légèrement inspiré du livre de Stephen Sweig Angst) il réalise là un long-métrage qui interroge avec intelligence le rapport qu’a le théâtre avec la vie et les comédiens dans un train fantasmagorique (qui nous rappelle L’Orient Express) transportant une troupe qui répète La Regenta de Leopoldo Alas "Clarín". Cet auteur représente avec Fernando Fernán Gomez (1921-2007) une génération d’intellectuels fortement influencés par le théâtre et la littérature, capables de passer de l’écriture à la réalisation ou la mise en scène avec subtilité et sans complexes.

Le temps de Caótica Ana vu par Julio Medem

Julio Medem (San Sebastian, 1958), ce réalisateur ignorant la violence (“Je n’ai jamais vu un film gore et souhaite ne jamais en voir de ma vie...”), a pour univers le sexe et l’amour, ses films sont de véritables invitations au voyage. En 1991, il signe son premier long Vacas avec lequel il obtient le Goya du meilleur réalisateur puis viennent en 1998 Los amantes del circulo polar un film lyrique et Lucia y el sexo ; là aussi sans pudeur mais tout en finesse, il aborde le sexe, la rupture, le retour aux sources, restituant un monde onirique grâce à une photographie soignée, malgré une utilisation d’une caméra numérique pas encore performante en cette fin du XXe siècle. Et le polémique La pelota vasca/la piel contra la piedra formidable documentaire sur la société Basque. Son dernier film Caótica Ana est la somme de ses expériences, l’aboutissement de ses réflexions, une ode à la femme, un film sur l’incarnation et la réincarnation, un film chamanique, une histoire sur les femmes victimes de la violence, une célébration de ses personnages pour le sexe, un film personnel pas dans le sens biographique, mais dans le sens émotionnel. La photographie de Mario Montero y est exceptionnelle. Tourné avec une caméra de haute définition, Medem y dirige avec finesse une jeune Manuela Velles qui tourne là son premier film dont on suit son évolution comme femme/personnage dans le rôle d’Ana et Bebe Rebolledo (auteur du sublime disque Pafuera telarañas) incarnant avec force une Linda, personnage plus terrestre en mal avec les hommes.

Un problème à régler en famille

Le cinéma espagnol a un cœur qui bat fort, un esprit généreux qui plaît en dehors de ses frontières, pour preuves les chiffres croissant de ces dernières années des fréquentations des salles et des ventes de DVD, ainsi que les nombreux prix récoltés dans les festivals du monde entier. Le problème auquel il a affaire est un problème interne, un problème de « familia » provoqué par qui ? Allez, vous ne devinez pas ? J’ose à peine le dire de peur de me faire traiter d’anti-eux... Ça y est vous voyez ? Ben oui, quand on sait que le budget publicitaire d’un seul film venu des States Americano (oups, je l’ai dit :-( ), équivaut au budget promotionnel de 100 film espagnols, on peut imaginer qu’un film made in Spain arrive moins vite aux oreilles et à la bouche du spectateur born in Spain. À moins d’imaginer un menu Caótica Ana ou un menu 53 días de invierno, servis dans tous les “Comida basura” du pays, je vois mal... Non, sérieusement, l’industrie s’interroge et cherche une solution. Bien sûr, il existe d’autres facteurs comme le piratage, pas celui de laisser son ordinateur allumé toute la nuit ;-) mais celui de la vente de DVD à la sauvette. Pour preuve, cette saisie du mois de mai 2008 dans une arrière-boutique de Valencia qui pratiquait le “Top Manta” ou 35 000 DVD et des tours équipées de 106 graveurs de DVD, avec un rendement de 11 500 copies en à peine 10 heures de temps, positionnent l’Espagne comme leader sur ce marché, lo juro ! Certains cherchent du côté du prix de la place de ciné : Pourquoi le spectateur paierait le même prix sur un film d’un budget comme le pays cité plus haut et qui a bénéficié d’un budget de Donut ? Je vous le demande ? Ou alors, fédérer un certain nombre de productions européennes et créer une énorme boite de prod Made in Europe ? C’est pas mal ça, non ? Le spectateur des pueblos et des ciudades attiré comme un aimant vers des films hollywood chewing-gum oublie que le goût passe vite et que rien ne vaut le souvenir d’un bon film hecho en casa avec des acteurs et des actrices au jeu de plus en plus parfait et qu’il est loin le temps de Joselito (que personnellement j’aimais beaucoup, ben quoi ?) et au Glam’s qui n’a rien à envier aux Américains.

S’il te plaît, primo, viens découvrir ton cinéma !

L’équipe d’allezaucinema.com tient à remercier chaleureusement RELABEL pour son accueil et son excellent travail de communication et Bebe pour le rhum Coca ;-)


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