Une salle de cinéma. Lumière un peu tamisée. Vous vous asseyez. Face à vous, un écran blanc, puis la lumière disparaît progressivement, vous êtes dans le noir. Une histoire commence. Pour y pénétrer totalement il faut que la scène d’ouverture soit réussie pour que votre inconscient accepte tous ses composants. La séquence d’ouverture de Pretextos est admirablement construite : une dispute, un perchman dans le champ captant le son de la scène, on est perdus... Théâtre, cinéma, tournage ? Un couple, en pleine crise. Elle est metteur en scène, lui médecin gérontologue, une phrase est lancée : "Cette vie que nous vivons est d’une putain de connerie !" Nous découvrons un couple qui s’aime, mais qui ne se supporte plus. Chacun s’accroche à son travail pour combler le vide qui les accompagne. Leurs mondes sont antagoniques, leurs nécessités tellement différentes... en apparence parce qu’au fond nous cherchons tous la même chose. Et puis, il y a Eva, une infirmière qui travaille au centre de gérontologie, elle affronte chaque jour la souffrance humaine, la maladie, la vieillesse, sans fiction, sans désir, elle est dans la souffrance.
Alors, voilà, quelque chose coule le long de mon visage. C’est une larme, parce que Silvia Munt est une grande metteur en scène, elle sait dérouler les émotions, utilisant le jeu et les techniques cinématographiques, vous êtes dedans : dans l’émotion. D’abord une chanson vient travailler votre cortex : "Johnny Guitar", interprétée par Peggy Lee de sa voix pénétrante. C’est un premier passage, vous vous dites : "Oh, c’est trop tôt, non pas maintenant." Puis passe quelques séquences et là, elle revient : "Play the guitar, play the game, my Johnny... Maybee you’re cold, but you’re so warm inside. I was always the fool for my Johnny..." Et là, on craque forcément. Et là, on est dans le film, on s’identifie aux personnages, on est pris au cœur... On pleure.
Et puis là, je sais plus quoi écrire... Allez le voir, faîtes votre possible pour le voir. Oui, c’est vrai, vous allez souffrir, mais comme le dit Silvia Munt : "C’est une histoire qui parle de solitude, d’amour imparfait, de désirs insatisfaits et de promesses dont on ne sait pas combien de temps elles dureront, mais qui se transforme en un bon prétexte pour vivre... Malgré tout. "
