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Pour parler, encore et encore, d’Orson Welles

mercredi 19 décembre 2007 par Guy Braucourt

Pourquoi parler aujourd’hui d’Orson Welles, sans motif d’actualité ou d’anniversaire particulier, en exhumant un dossier de la revue ECRAN 75 sur la sortie d’un film qui devait être son avant-dernier ?

D’abord de toute évidence parce qu’il ne faut jamais perdre de vue les monuments (les grands, pas ceux aux morts et aux guerres !), toujours les visiter et les revisiter, et en tirer sans cesse, comme de l’Histoire, les leçons. Et que la place occupée dans le cinéma des années 40 à 80 par ce géant n’est pas, ne sera pas et ne peut même plus être prise par un autre dans le système de production d’aujourd’hui. Qui ne laisse ni espace ni coudées franches à cette race de créateurs démesurés et en outre pas mal anarchistes.... C’est déja bien qu’il reste encore quelques aventuriers, un peu fous mais tout de même parfaitement auto-contrôlés, le plus souvent producteurs de leurs films, ce que Welles n’a jamais pu/su/voulu faire : je pense à Eastwood, Tarantino, Kitano, Moretti, en vrac et parmi quelques autres, mais pas beaucoup !

Et pourquoi revenir sur ce génie à propos d’un film peu connu, rare, que l’on ne voit guère à la télévision, dont j’ignore même s’il existe une édition DVD (à vérifier donc et bonne chasse, dvd-philes !), et qui pour simplifier les choses est cité ça et là sous divers titres : F FOR FAKE, NOTHING BUT THE TRUTH et VERITÉS ET MENSONGES pour sa sortie et carrière françaises... Outre qu’il est très révélateur de la personnalité de l’homme Orson et de la manière du cinéaste Welles, avec ce "personnage en quête de lui-même" qu’évoque l’un de ses biographes, ce film de 1973/74, cet exercice entre "vérité(s) et mensonge(s)", entre documentaire et fiction donc, apparaît aujourd’hui formidablement actuel, d’une modernité de concept, d’écriture et d’ambiguïté qui correspond au goût du jour : où la prise de vue réelle, où la reconstitution ? (voir pour le meilleur mais aussi pour le pire, nos télévisions) ; où le réel, où l’imaginaire ? (même si Shakespeare et La Tempête, Corneille et L’ilusion comique, Pirandello, c’était déjà ça, et avec les moyens limités du théâtre...). On donne à ces variations et mélanges des genres des noms-mode comme docu-réalité, docu-fiction, fiction documentaire. Qu’on me permette, en hommage à ce magicien/illusionniste qu’était réellement Orson Welles dans la vie, de baptiser plutôt ce métissage dont il fut l’un des pionniers : "docu-menteur". Sans aucune connotation péjorative, car qu’est d’autre cette méditation sur faux, illusions, mensonges titrée F FOR FAKE qu’une approche légère, ironique, un peu cynique aussi, de l’essence même du cinéma ? Et pourquoi croyez-vous donc qu’on aime le cinéma. cet art sublime de la tromperie !


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