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Nicolas Winding Refn
vendredi 30 mai 2008 par Hélène Zylberait
Dans le cadre du Festival du film de Valencia, Espagne, un hommage a été rendu à Nicolas Winding Refn, réalisateur de Pusher, sa trilogie scorcesienne et néanmoins danoise. Il est aussi le réalisateur de Bleeder et Fear X et le protagoniste principal du documentaire Gambler. Rencontre avec Nicolas Winding Refn, un joueur et un réalisateur invétéré.
Les origines du cinéma de Nicolas Winding Refn.
Je suis né au Danemark, mais mes parents ont déménagé à New York lorsque j’avais 8 ans. Je suis dyslexique (et daltonien) et l’apprentissage de la langue a été difficile. Mes parents sont des socialistes convaincus. Les pauvres c’est bien, les riches, c’est mal. Le cinéma en noir et blanc, bon, la couleur, nulle. Et ainsi de suite. Mon père est réalisateur et monteur, mon oncle avait créé le cinéma art et essai le plus connu de tout Copenhague dont je m’occupe en partie à présent. Petit, le cinéma ne m’intéressait pas beaucoup de ce point de vue. Je voulais voir E.T, La Guerre des Etoiles... tout ce qui était contraire à mon éducation. J’étais un fidèle des cinémas de Times Square où l’on programmait des films d’horreur et de Kung-fu. À 12 ans, j’ai vu Les 400 coups, ce qui a déjà été une révolution. Puis, à 14 ans, j’ai vu un double programme au Cinema Village : Massacre à la tronçonneuse et La Colline à des yeux. Le choc a été total, le cinéma devenait une forme d’expression !
Pusher et Fear X les coups de poing.
J’avais 24 ans lorsque j’ai réalisé Pusher. Le succès a été énorme et je crois qu’on ne devrait pas le rencontrer aussi jeune dans sa vie. Le film est culte au Danemark, ce qui est génial mais aussi un poids terrible. Mon film le plus personnel, Fear X, a été un échec commercial terrible. Étant producteur de mes films afin d’en garder le contrôle total, je me suis retrouvé endetté à hauteur de 1 million de dollars. C’était aussi un échec personnel. C’est ce qui arrive lorsque vous voulez faire de l’art et essai (rires) !
Gambler et Pusher II et III.
Je crois que cette période de doute personnel, artistique et financier (rires) a sûrement été la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Évidemment, sur le coup, c’était abominable. Fear X était un échec, j’étais endetté et ma fille venait de naître. C’est donc poussé par la nécessité que j’ai réalisé Pusher II et III (l’histoire est racontée dans Gambler, ndlr). Lorsqu’il a été décidé de réaliser une suite à Pusher pour rembourser la dette, je me suis dit que Menahem Golan ferait non seulement Pusher II, mais aussi Pusher III ! C’était un vrai pari. Finalement, je crois que ce sont mes meilleurs films, surtout Pusher III. Ils ont été écrits et réalisés sous la contrainte, mais je crois que j’étais bien plus mûr alors. Dans Pusher, j’étais fasciné par les criminels. Le II et le III s’attardent plus sur des humains plongés dans un univers criminel et mafieux. Je crois que ce sont les losers magnifiques qui m’intéressent le plus. Des films comme Mean Streets, Meurtre d’un bookmaker chinois et King of New York sont dans mon panthéon.
Pusher et ses acteurs.
Dans la trilogie, seul Mads Mikkelsen est un acteur professionnel. Tout le casting est composé de véritables truands qui, en un sens, interprètent leur propre rôle. C’était très important pour la vraisemblance de l’histoire mais aussi et surtout car je voulais que des immigrés soient présentés comme des vraies personnes et non d’une façon paternaliste comme c’est le cas dans le cinéma ou la télévision danoise. Le Danemark est l’un des pays les plus racistes d’Europe et nos lois anti-immigration sont très dures. Je voulais, surtout dans Pusher III, que les personnages soient tous issus de l’immigration. C’est mon film préféré pour cette raison mais aussi car il s’agit de l’histoire d’un homme qui perd son empire. C’est le film qui a le moins marché au Danemark...
Le prochain film.
Je suis en pré production de mon nouveau film, Valhalla Rising, l’histoire de l’arrivée des Vickings en Amérique. C’est un peu l’histoire de mon arrivée en Amérique...
