Le reste est silence / Restul e tacere
vendredi 5 septembre 2008 par Silvia Tinca
Réalisateur et co-scénariste de la génération qui précède de très près la « nouvelle vague » du cinéma roumain, car né en 1960, Nicolae Caranfil a considéré important de faire connaître au public roumain et étranger les débuts d’une cinématographie encore assez peu connue.
Le réalisateur remonte dans l’histoire de la cinématographie roumaine et reconstitue le contexte de la création du premier film de long métrage roumain, “L’Indépendance de la Roumanie.” [1] L’action se passe à Bucarest au début du 20ème siècle (1911) et retrace l’atmosphère bohème du « petit Paris » (appellation donnée à la capitale roumaine à cette époque-là). C’est l’époque où les frères Lumière et leur spectaculaire invention qui est le cinéma font le tour du monde. Le film “La sortie de l’usine Lumière à Lyon”, arrive à Bucarest, 46 Avenue Victoria, au siège du journal français « L’indépendance roumaine ». Tout le monde se bouscule pour voir le miracle des gens qui se promènent sur la toile blanche.
Nae Caranfil recréé des scènes de la vie culturelle bucarestoise, largement représentée à l’époque par le théâtre [2] : la communauté des artistes qui se réjouit avec fierté de son statut privilégié et le public bourgeois, francophone et cultivé qui n’est pas au courant que derrière le rideau les intrigues piquantes, les histoires compliquées et leurs dénouements sont aussi passionnants que sur scène.
Le personnage principal, Grig, proche du monde artistique, mais incapable d’en faire partie, réussit à convaincre Leon, un homme d’affaire qui se veut un mécène raffiné, que cette jeune invention qui est le cinéma représente un investissement intéressant et profitable. Les débats interminables, les visites à Paris et les longues négociations aboutissent à un résultat positif et le souhait de l’ambitieux Grig se matérialise. Son rêve de réaliser un film devient réalité. Le tournage du film commence, mais les ennuis commencent à la fois. D’une part, la relation entre Grig et Leon se complique et d’autre part le grand déploiement humain qui participe à cet exploit artistique, dont comédiens et figurants , rend les choses difficiles à mener.
Des personnages secondaires et une histoire d’amour se mêlent avec les scènes du tournage. Ce jeu de miroirs entre le film et le film-dans-le-film, ainsi que le comique de langage et de situations, les costumes et la densité des actions apportent une vision baroque à cette création originale dans la cinématographie roumaine.
Malgré toutes les difficultés, L’Indépendance de la Roumanie est enfin terminé, l’histoire est ainsi écrite, le reste est silence.
Le film se place entre réalité et fiction et parle de la condition de l’artiste, de la relation entre l’art et l’argent, de l’indépendance historique, mais aussi de l’indépendance financière et de l’indépendance familiale. Le réalisateur joue jusqu’à la fin le jeu des miroirs et des métaphores car les personnages principaux mènent chacun leurs propres guerres d’indépendance. Mais ceux sont des enjeux mineurs, car au bout du compte c’est l’art et l’histoire qui font la part des choses.
Le film a été, généralement, bien reçu par la critique et il a été désigné à représenter la Roumanie dans la compétition pour les Oscars en 2009.
[1] Le film L’indépendance de la Roumanie (réalisé en 1912 par Grigore Brezeanu), évoque la guerre d’indépendance contre les turques, en 1877.
[2] Aujourd’hui en Roumanie le théâtre reste très fréquenté, étant la sortie culturelle préférée et dépassant largement le cinéma.