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Entretien avec une sous-titreuse

La ligne dans l’œil

mercredi 19 septembre 2007 par Rachel Buscemi

L’une des façons de rendre un film accessible aux malentendants et à ceux qui ne comprennent pas la langue des dialogues est de placer un texte au bas de l’écran. Héloïse Chouraki, sous-titreuse de son métier, nous en dit un peu plus.

Une technique pointue

Tout commence par la technique. Le principe du repérage (le placement des sous-titres) est simple : quelqu’un parle ou il y a quelque chose d’écrit à l’écran, il faut un sous-titre. Mais c’est la précision indispensable qui complique les choses car les sous-titres se placent à l’image prêt, soit au 25e ou au 30e de seconde, le tout en respectant des règles draconiennes. Il faut faire attention à tout : la durée, le début, la fin, les changements de plan... Cela demande une bonne oreille, mais aussi un bon sens de l’image : "Si on te colle un sous-titre en plein sur le clin d’œil hyper discret de la fille, comment tu sauras qu’elle est de mèche avec le grand type bouclé ?"

Dans une langue différente ou pour les malentendants, il faut adapter

L’adaptation, c’est le gros du sous-titrage. L’adaptateur (qui est parfois le même que le repéreur) est traducteur, mais aussi dialoguiste et technicien. Sa tâche diffère des autres métiers de la traduction par le nombre de contraintes qui l’accompagnent. "Pas la peine de faire des super répliques si le spectateur n’a pas le temps de les lire -on appelle ça respecter la lisibilité- ou si elles dépassent de l’écran."

Des outils de mieux en mieux adaptés

Les logiciels de sous-titrage modernes ne sont plus réservés aux gros laboratoires de postproduction. Ils assistent les sous-titreurs freelance sur la technique et sur l’orthographe. "Ils nous signalent si on dépasse le nombre de caractères par ligne autorisés, le nombre de caractères lisibles sur un sous-titre selon sa durée et plein d’autres choses, mais quand il s’agit de trouver une bonne blague avec un nom d’oiseau en 34 lettres, sans trahir le style du personnage, on se sent parfois très seul." Même si un bon sous-titrage se fait en équipe.

Des vérifications et des relectures à n’en plus finir

Après le repérage et l’adaptation interviennent un simulateur et un relecteur. Le simulateur visionne le film avec les sous-titres, à l’aide d’un logiciel de sous-titrage. Il "simule" un travail fini pour voir le résultat, mais peut encore faire des modifications "et il ne s’en prive pas !" Il joue le rôle de l’œil extérieur, mais pas n’importe quel œil. Cela demande une énorme rigueur et c’est à lui qu’incombe de s’assurer de la cohérence du sous-titrage pour les séries. L’adaptateur vit plus ou moins bien ce moment qui ressemble à une correction, mais s’il sait travailler en équipe et si le simulateur possède le juste dosage entre tact et efficacité, le sous-titrage y gagne grandement. C’est une étape primordiale, de même que la relecture. Même si l’adaptateur est censé écrire dans une langue impeccable et si "l’œil de lynx du simulateur" aura repéré les entorses aux règles de français les plus obscures, le relecteur est le seul qui peut se concentrer à 100% sur le texte des sous-titres, puisqu’en général, il n’a ni l’image ni le son.

Se fondre parfaitement dans le film

Des sous-titres réussis, ce sont des sous-titres invisibles. Leur but est d’arriver à rendre un maximum du sens des dialogues, malgré les contraintes techniques, tout en se faisant le plus discret possible : "Si tu te souviens que tu as adoré un film, mais que tu ne sais plus si tu l’as vu en VO ou en VF, ça veut dire que les sous-titres n’ont pas accaparé ton attention et c’est un bon début." Cela explique que l’on reconnaisse bien plus facilement un sous-titrage de mauvaise qualité qu’un bon. "Dans notre métier ’pas de nouvelle, bonne nouvelle’ s’applique à tous les coups." Après un travail bien fait, personne n’a rien à dire, "mais au moindre hic, à la moindre tournure poussive, à la moindre blague pas drôle, tout le monde te tombe dessus, et le client en premier."

Des professionnels du cinéma touche-à-tout

Il est indispensable d’être très minutieux. Ce sont des tas de petits détails qui permettent d’arriver à un résultat impeccable et bien léché, et il ne faut en mépriser aucun. "On passe notre temps à aller vérifier si ’monsieur’ prend une majuscule ou à chercher un terme de physique nucléaire." Le sous-titreur travaille réellement sur le film et ne se cantonne pas à l’adaptation des dialogues. Même s’il intervient bien longtemps après toutes les autres étapes de la production et de la postproduction, il est là pour servir le message du réalisateur et le public, au même titre que les autres membres de l’équipe, et doit donc rentrer totalement dans le film, tant pour le fond que pour la forme. Cela se manifeste entre autre par les choix en matière de style, de rythme du sous-titrage et par les recherches. "Pour faire parler le Dr House, on se prend un peu pour un médecin, et pour sous-titrer Orgueils & Préjugés, on essaye de retrouver les tournures du passé. Sur une série actuelle, comme Heroes, il s’agit plus d’être fidèle au parler de chaque personnage et de garder le fil de l’histoire." Pas évident quand les délais obligent à se partager une série. C’est à dire tout le temps, même s’il vaut mieux ne pas partager une série entre plus de 3 ou 4 adaptateurs.

VOST contre VF

"Les deux ont du bon, mais c’est vrai qu’avec le sous-titrage on ajoute quelque chose au film sans rien lui retirer. C’est satisfaisant." Et c’est aussi vers ce but que tend l’adaptateur. "Si toute traduction est une trahison et implique une perte de sens, aussi infime soit-elle, les contraintes de cette méthode rendent le sous-titrage encore plus cruel pour le texte, alors on essaye de conserver le maximum de ce que porte le dialogue, en faisant confiance aux voix, à l’image, à l’intégralité du film pour faire passer le reste."

Sous-titreur professionnel, un métier en voie d’extinction ?

"Je préfère voir les nouvelles technologies comme des outils permettant de faire encore mieux, parfois plus facilement, pas comme une concurrence." Les nouvelles technologies transforment ce métier comme tant d’autres tous les jours, mais plutôt en bien, à en croire Héloïse : "même si certains pensent à tort que leur seul intérêt est de produire plus de sous-titres, plus vite et moins cher." Quant aux fansubbers (fans qui sous-titrent des séries et mettent les fichiers à disposition des internautes), ils ne l’inquiètent pas plus que ça : "Je comprends que la production de ces fichiers de sous-titres ’rapides’ pour les séries leur plaise, j’adore mon boulot et ça y ressemble un peu, mais c’est très loin du sous-titrage professionnel tel que nous sommes nombreux à l’entendre, même si je sais qu’ils rendent service à beaucoup de fans trop impatients." S’ils arrivent à produire en 24 heures un sous-titrage juste du point de vue du sens, techniquement et linguistiquement parfait, sans faille de continuité au sein de l’épisode comme sur l’ensemble de la série, et qui soit en plus créatif, drôle quand il faut, et avec toute la palette de nuances qu’un dialoguiste peut réussir à utiliser dans des sous-titres, alors ce sont des sous-titreurs professionnels, en plus rapide !


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