Irina Palm
samedi 19 mai 2007 par Hélène Zylberait
de Sam Garbarski, avec Marianne Faithfull, Miki Manojlovic.
Sam Garbarski, réalisateur du très en finesse Tango des Rashevski, réussit un tour de force avec Irina Palm. L’histoire, celle de Maggie (Marianne Faithfull), figure centrale du film, grand-mère courage pétrie d’abnégation qui devient « une travailleuse du sexe », aurait pu au mieux devenir nunuche, au pire franchement salasse. Des deux options, il n’est rien. Le film est une danse sur un fil, menée par la magistrale Marianne Faithfull qui plante une Maggie pleine de retenue et d’humilité. Femme mariée très jeune, Maggie n’a jamais travaillé. Son petit-fils unique est gravement malade. Le seul traitement se trouve en Australie. Il faudra payer les frais. La famille est effondrée et pétrifiée. Maggie va se mettre en chasse d’argent. Elle en trouvera à « Sexy World », après une recherche d’emploi à la fois humiliante et rocambolesque. C’est Miki (Miki Manojlovic, légendaire acteur de Kusturica), patron du sex-club, qui lui offrira un travail très rémunérateur. Car Maggie a de l’or dans les mains. Elle qui n’avait jamais crû pouvoir être autre chose qu’une épouse ou une mère, elle sera aussi Irina Palm, la meilleure branleuse de Londres. Mais attention, il ne s’agit là ni d’une comédie, ni de l’histoire d’une femme qui s’accomplit sur le tard dans le plus vieux métier du monde. Maggie souffre dans le bureau sordide d’Irina Palm ; le spectacle des hommes qui attendent leur tour est au-delà du pathétique, voire de l’effrayant. Maggie est une femme courageuse et, oui, travailleuse. Elle est une fourmi dans Londres et dans sa vie quotidienne ; une abeille obstinée au club. L’humanité qui se dégage de l’histoire, l’interprétation sublime des deux personnages principaux (Maggie et Miki) font que le film évite tous les écueils craints. Maggie devient cette femme regonflée d’assurance, non pas grâce à son travail mais au sentiment d’être utile et, il faut l’avouer, vivante et femme. Car le gentil Miki veille sur elle... Marianne Faithfull, icône rock issue de l’aristocratie britannique, s’est révélée au cinéma en 2001 dans Intimité de Patrice Chéreau. On la savait douée d’une humanité hors du commun grâce à ses chansons, on découvre depuis quelques années une actrice et une femme superbe, assumant son âge et son physique. Car ce n’est jamais Marianne pour laquelle on tremble, on pleure et avec qui l’on rit (son installation dans le club est un sketch digne des Monty Python) mais avec Maggie, ce petit bout de femme effacée mais gonflée d’amour à en exploser. On ressort à la fois amusé (car oui, on rit), touché et emprunt d’une profonde tristesse mêlée d’admiration.
