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Dr HOUSE CONTRE LE "TÉLÉVISUELLEMENT CORRECT"

vendredi 18 janvier 2008 par Rachel Buscemi

Dr House (House, M.D.) : Série américaine créée par David Shore en 2004. Un diagnosticien et ses trois assistants se voient confier un nouveau cas à chaque épisode. Lorsque plus personne n’a d’idée, on envoie le patient au Dr House, personnalité hors du commun et génie de la médecine qui fait son diagnostic comme une enquête de police, mais préfère s’il peut se passer de voir le patient.

Merci TF1 de nous avoir prescrit notre dose de Gregory House hier soir, au meilleur de sa forme, et à une heure décente ! Le sevrage commençait à être pénible et quelle excellente nouvelle que ces deux heures gagnées. Cette programmation ne va pourtant pas sans provoquer une petite crise d’angoisse.

Rien de plus naturel après avoir assisté sans anesthésie, et pendant deux saisons entières, à l’amputation d’un grand nombre des références raciales, religieuses, sexuelles, acerbes et... drôles, tout simplement, de la série. Montage et doublage faisant bon ménage ont tranché dans le vif. Il est vrai que notre bon Dr House, diagnosticien émérite camé jusqu’aux yeux, asocial et boiteux est loin d’être "télévisuellement correct" et qu’il aurait eu du mal à gagner notre sympathie sans ses talents de musicien et de sauveur de vies, mais ces interventions plus ou moins esthétiques à répétition sont-elles bien nécessaires ? Espérons que ces deux heures gagnées dans la grille des programmes n’impliqueront pas un lifting encore plus sévère, car il faut le dire, ce petit curetage fréquent sur nos écrans s’est transformé en massacre à la tronçonneuse, nous privant de répliques, de plans et même d’épisodes entiers !

C’est vrai, ça ? Pourquoi ne l’a-t-on jamais vu, ce premier épisode ? Serait-ce parce que les scénaristes, bien décidés à camper leur personnage dès le départ nous l’ont présenté dans toute sa splendeur et sans la moindre diplomatie, comme il se serait présenté lui-même ? Ou serait-ce parce qu’on y apprend que House a engagé Foreman, son brillant assistant neurologue, parce qu’il est noir et qu’il avait besoin dans son équipe de quelqu’un qui soit capable de crocheter une serrure et ne rechigne pas à enfreindre les règles ? Un Noir, quoi ! Greg, voyons ! On pourrait aussi s’imaginer que c’est parce que le chef de ce service atypique explique à Cameron, l’immunologiste au cœur d’or, qu’elle n’a pas été engagée pour son cœur et peu pour sa tête, mais surtout pour ses fesses, un peu comme on mettrait une belle plante verte dans son bureau. Seule autre explication plausible : le fait que le diagnostic de la patiente mourante repose entièrement sur le fait qu’elle soit juive, ou pas, et qu’elle mange casher, ou pas. Enfin ! On ne va quand même pas parler de sujets pareils à la télévision, même après 22h30 !

Je vous rassure, la plupart du temps, c’est absolument indolore. Quelques images qui disparaissent, un mot pour un autre, et le tour est joué. Le sang gicle un peu moins loin, le commentaire est un peu moins acerbe, le gros mot est un peu moins gros. La patiente commence à délirer, regarde son bras se boursoufler... Cut ! Nous voilà bien à l’abri dans un bureau ou au labo. C’est vrai, après tout, les insectes qui grouillent dans une plaie, c’est bon pour les Américains qui ont le câble et les DVDvores, mais pas pour nous. Malheureusement, il arrive que l’on frôle l’accident d’anesthésie. Pourquoi cette bonne femme s’excuse-t-elle si platement à la fin de l’épisode ? Parce qu’elle l’a traité de sale infirme ? Oh ! Vous n’aviez pas entendu ? Je vous rassure, moi non plus, mais je connais un bon ORL.

Le bistouri du montage et le baume apaisant du doublage n’ont heureusement pas empêché un public nombreux de s’attacher à cette brochette de blouses blanches et de se passionner pour leurs diagnostics différentiels pourtant inaccessibles avant la troisième année de médecine. Hypocondriaques, prenez garde, toutes les maladies cités ici sont rarissimes et gravissimes !

Tous les patients n’ont pas été sauvés, mais comme dirait le Dr Gregory House, "A maladie extrême, traitement extrême." Ah non, pardon, ça c’est Hippocrate, mais ils sont d’accord, c’est sûr.

Vous me prendrez trois épisodes par semaines pendant deux mois, le mercredi à 20h50, et si ça ne va pas mieux, vous reviendrez me voir. Je vous prescrirai un DVD en version originale sous-titrée et non écorchée.


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