allezaucinema.com : films : festivals : sorties : salles : découvertes

Derniers jours : Expo Weegee au Musée Maillol.

samedi 13 octobre 2007

Amateurs de films noirs et de cinéma en général : l’exposition Weegee au Musée Maillol réunit un ensemble de superbes tirages du photographe new-yorkais au regard particulièrement aiguisé. Né à l’aube du XXe, Arthur Fellig s’est fait connaître sous le nom de Weegee. Pendant plus d’une décennie, il arpente les nuits sombres de la métropole nord-américaine, souvent vue au cinéma et dans la littérature comme une ville cauchemar, traversée de coups de feu, de beuveries, de règlements de comptes sanglants et de néons aux allures d’éclairs violents. En quête du scoop, du clic révélateur, prêt à saisir tel cadavre encore chaud, face contre terre, corps répandu à même le sol, tel serial killer tentant de se dérober, de cacher son visage hagard, tel travesti qui semble tout droit sorti d’un roman d’Hubert Selby Jr (Last exit to Brooklyn, Requiem for a dream). Et, pendant que le tueur à gages encaissait son contrat, Weegee recevait son cachet (photo d’honoraires : X clichés de morts, X dollars) pour ses photos d’hommes abattus (pour moi, « le crime payait », dit-il). Paradoxe apparent : son travail était destiné non aux galeries d’arts, mais aux journaux et tabloïds new-yorkais. C’est peu dire qu’il exploitait au maximum la fibre sensationnelle, la fascination / répulsion pour le crime, la perdition, le drame brutal, l’incendie d’immeuble, le crash de voitures. Et tout l’univers de la nuit (réelle et métaphorique), de l’interlope, tout ce qui se déroule dans des lieux cachés, éloignés des passants et suscite un double sentiment : crainte et désir de voyeurisme. Pourtant, l’acuité de ses cadrages, son sens de la composition, de la mise en valeur du détail insolite, très évocateur, du décalage ironique (inscriptions prises dans les pancartes de la ville contredisent l’horreur de la scène, au sein d’une même photographie), le placent parmi les grands de la photographie et du reportage. A d’autres moments, son regard sait se faire intimiste (la série consacrée au sommeil) même quand il tire le portrait d’artistes stars (Sinatra, Dali, le jeune Warhol) , sensible aux questions sociales (ségrégation contre les Noirs, profondes inégalités sociales, minorités du monde entier installées ou réfugiées à New York), à l’enfance, à la profonde solitude urbaine malgré la densité de peuplement (voir marées humaines sur les plages de Coney Island). L’accrochage, quelques photographies et commentaires de l’exposition, insistent sur la postérité de Weegee. Postérité visible dans le pop art, le cinéma de Warhol ou chez Kubrick, lui même ancien photographe, ayant commencé sa carrière avec deux films noirs (Le baiser du tueur et The Killing), mi exercices de style brillants, mi déclarations d’amour à une sensibilité moderne (pas tout à fait un genre) et électrique. En hommage à Weegee, Kubrick a d’ailleurs fait appel à lui au moment de tourner son Dr Folamour, comme en témoigne une photographie immortalisant cette féconde rencontre.

Plus que quelques jours pour découvrir ce travail surprenant et passionnant qui semble abolir les frontières entre le réel, le rêve et le cauchemar.

Musée Maillol – Fondation Dina Vierny 59 rue de Grenelle 75007 Paris Jusqu’au 15 octobre 2007

Lien externe : Article Wikipédia sur Weegee

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé |

     RSS fr RSSEXPO   ?

(c) allezaucinema.com