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Dans la peau d’Eddie Quinn ou She’s So Lovely

samedi 6 décembre 2008 par Eric L. Sendra

(USA 1991) Rea :Nick Cassavetes avec Robin Wright Penn, Sean Penn, James Gandolfini, John Travolta, Susan Traylor, Harry Dean Stanton.

Pensant à mon ancienne histoire d’amour où je me suis coltiné des gens lisses, insipides, sans fond, je me dis que je m’en suis sorti, que j’ai finalement évité le pire. J’ai repris ma vie là où je l’avais arrêtée, il y a une décennie, aux dernières images que j’avais en tête, celle d’une danse organique à la Sailor dans Wild at heart et me sauvant à la Eddie dans She’s so lovely après avoir traversé une vitrine de bar, le flingue à la main.

Je suis face à l’écran de mon treize pouce et je me revois. J’avais pourtant fais des efforts, en essayant de toutes mes forces d’être rangé, calme. Même si, je l’avoue, ma nature, de temps en temps, jaillissait de moi en hurlant. J’ai pendant un temps maîtrisé mes folies, mes impulsions. Et pourtant cela ne suffisait pas. Bien sûr que cela ne pouvait pas coller, évidement que je ne pouvais pas cadrer dans son entourage, je n’étais pas assez propre, trop bancal. Quelque chose sonnait faux. Je le confesse, je n’ai pas pu jouer à la perfection mon rôle. Tant de décalage, comme avec ce couple, bien carré, qui vivait dans un appartement du « Onzième » arrondissement parisien à la mode. Lui, toujours silencieux à la personnalité effacée, dédaigneux envers l’espèce humaine. Elle, sans subtilité, se croyant supérieure, avec cet air figé qu’ont les gens qui fuient leurs faiblesses. Je les imagine, aujourd’hui, recevant chez eux, enfin soulagés d’avoir face à eux un individu comme ils le lui souhaitent, propre, au métier ennuyeux, et qui la courtisera pour lui faciliter mon oubli et confortera le choix de celle qui aujourd’hui tient la main d’un autre et qui, hier encore, me la tenait. Un dîner entre gens bien. Assis autour de la table, cette mauvaise brune à l’arrière-goût amer qui à plombé mes poumons et la blonde son amie de longue date, parfaite dans son rôle de Yago. En imaginant la scène, je me dis que je m’en suis sorti, que j’ai réagi à temps. Comme Eddie, dix ans se sont écoulés dans cet asile. Pour sortir plus tôt, j’aurais du joué le jeu, être plus malin. À croire que j’étais vraiment malade pour y rester autant d’années. La sortie n’a pas été facile. J’ai dû digérer une rupture par cellulaire, puis une négation totale de mon existence, le récit de ses ébats sexuels assouvis dans des toilettes miteuses de discothèques. L’imaginer pénétrée par un autre. Cette bouche que j’ai tant embrassée et cette langue que j’ai tant caressée. Le mauvais goût que j’avais dans la bouche a mis des mois à partir. De toute façon, cette relation ne pouvait plus durer, la douleur était insupportable. Cet amour était comme l’arsenic, un mal invisible. D’abord, vous avez des migraines de plus en plus fortes, puis un mal de ventre croissant suivi d’une longue descente aux enfers. Je suis devenu fou pour elle.

Je ferme l’écran de mon portable. Il faut que je m’aère l’esprit. Pas question de sortir, si je mets le nez dehors, je sais comment ça va se finir, en ingurgitant des verres sur le zinc du troquet d’un ami. Une ligne offerte par une âme bienveillante. Une énième inconnue chez qui je me réveillerai. Non ! Je reste chez moi. Au fond du trou, rien ne vaut un film pour réanimer le coeur. Je fais quelques pas, parcours mes dvd empilés sur le sol. Ils sont rangés par année. Je vais dix ans en arrière. Je reprends à « She’s so lovely ».

Réalisé en 1997 par Nick Cassavetes sur un scénario de John Cassavetes, avec Sean Penn, Robin Whright Penn et John Travolta et pour producteurs éxécutifs Gérard Depardieu et John Travolta.

Maureen (Robin wright Penn) recherche Eddie (Sean Penn), son mari qui a disparu depuis trois jours.

Kieffer (James Gandolfini) lui tourne autour. Il finit par l’attirer dans son appartement, il la soûle, elle veut rentrer chez elle, il la rattrape, la sert dans ses bras, elle ne se laisse pas faire et s’enfuit.

Kieffer et Maureen ivresse

Il la traine, la frappe, la bloque au sol. Cut.

Kieffer frappe Mau

Elle rentre chez elle, le visage tuméfié. Kieffer est debout derrière elle, face au miroir :

Kieffer et Mau miroir Kieffer “Excuse-moi...mais...tu l’as bien cherché ”

Maureen “Regarde-moi, pauvre type, je suis enceinte espèce de gros con. Qu’est ce que mon mari va dire en voyant ma gueule ? ”

Kieffer “Fais chier Eddie. J’en ai rien à foutre. C’est qu’un petit loubard avec un flingue.” 

Voilà, le ton est donné, maintenant laissons dérouler tout ça. Eddie rentre en scène. Eddie un petit voyou, bancal, il disparaît et réapparaît, un chat de gouttière. Il a vingt-cinq ans. Mau est tout pour lui, il est prêt à mourir pour elle. Elle doit mentir pour le protéger. Par peur.

Maureen et Eddie.

Eddie veut aller danser. Parce que « il n’y a rien de meilleur que la danse ».

Eddie veut danser Eddie à Shorty  “Danser ça nous fait des souvenirs pour quand on sera vieux. Danser ça fait que tes yeux on l’aire vivant tout d’un coup”

Mau, se sent pas, elle ne veut pas aller danser.

Juste une danse Eddie « Juste un slow,allez quoi Mau... »

"It’s De Lovely"

Et les voilà tous les deux sur la piste, entrelacés, à l’écart du monde, s’embrassant sur "It’s De Lovely". Deux félins dansant l’un contre l’autre. Une scène inoubliable.

« Ce que c’est intéressant une femme »

Après une altercation violente avec Kieffer, Eddie et Mau se retrouvent dans leur appartement. Elle est fatiguée. Lui, soucieux. Quelque chose ne va pas. Il la sent. Il sait qu’elle ment.

Eddie  “Quand on y pense... Ce que c’est intéressant une femme. Des seins, des fesses, des lèvres et ce qui me tue : des cheveux. Ça vient d’où les cheveux ? C’est quoi des cheveux ?. ”

Maureen « C’est comme les ongles mais sur la tête »

Finalement ils se couchent, blottis l’un contre l’autre. Elle a besoin de son odeur. Lui est inquiet. Il ne dormira pas.

Eddie « Je veux pas te faire du mal. Je me couperais un bras pour toi. On était bien fait l’un pour l’autre deux pauvres chtarbés »

« Dis-moi ce que tu me caches »

Eddie « Je veux savoir ce qui est arrivé »

Mais voilà, Eddie est un instinctif, il sent que Mau lui cache quelque chose. Et puis il y a eu cette altercation avec le voisin Kieffer.

Alors, il comprend, il prend son flingue et décide d’aller mettre une balle dans la tête de Kief. Il n’est pas là. Mais c’est trop tard, quelque chose vient de déstabiliser Eddie, quelqu’un a touché « Sa petite patate », il bascule, un choc trop fort pour Eddie.Il a peur.

Siberian Mist

Il y a cette séquence ou Eddie se soule au « Siberian Mist » sur le zinc. Il enchaîne les verres et parle d’amour à son pote « Shorty »

Shorty  “Qu’est ce qui ne va pas Eddy ? ”

Eddie “ L’amour c’est si difficile. C’est comme une course de chevaux, c’est comme du parfum. Comme du brouillard. Comme embrasser. ça n’a pas de fin l’amour.

Une cigarette tu la fumes, tu l’éteins »

Eddie “J’aime ma femme. Elle aime casser des bouteilles sur la tête des gens. Elle aime ça.”

Tout s’embrouille. Des infirmiers viennent le chercher. Eddie n’aime pas les uniformes. Ces infirmiers ressemblent à des soldats, alors il sort son flingue et Bang ! Attention Eddie sait voler. Vole Eddie, fuis Eddie.

Et Eddie traverse d’un saut la devanture en verre du troquet.

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Le pistolet à la main, sa dernière danse avant dix ans.

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Eddie “La peur c’est une maladie” 

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Eddie “Vous me détestez parce que je viens d’une autre planète ”

Voilà, Eddie est seul, perdu. Il sait qu’on va le mettre en cage parce qu’il est différent. Il est hors-la-loi.

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Arrestation
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Maureen “ Eddie ! ”

Voilà, c’est fait. Eddie est enfermé. Une camisole, une cage. Il fallait les séparer. Maureen, elle, devra se ranger. De part sa fragilité elle finira pas se plier et entrera dans l’ordre. la société a joué son rôle.

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Eddie “Je trouve qu’on devrait commencer notre vie vieux. On vient au monde et on a mal. Commencer à cent ans et comme ça l’avenir on l’attend avec impatience. Ensuite quand on arrive à vingt ans, dix-neuf ans, douze ans, chaque jour est vraiment un nouveau jour. Et puis tu deviens un bébé et alors tu sais pas que ta vie s’achève.”

Dix ans après

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Eddie “Elle m’avait promis qu’il y en aurait que pour trois mois”

Dix années viennent de s’écouler, durant lesquels Eddie est resté interné, sans nouvelle de sa femme Mau. Il a perdu la notion du temps. Pour lui il n’est là que depuis trois mois et il a toujours vingt-cinq ans

Mau, elle, pour passer le temps s’est remariée avec Joey Giamonti un quelconque, propre sur lui. Un beau mec, brun,rangé, stable, sans histoire. Ils ont trois filles dont l’une est celle d’Eddie et Mau, Jeanni. Elle a dix ans. Mau est méconnaissable, elle porte un bel ensemble blanc, une coiffure classique et s’occupe de leur beau pavillon typiquement américain.

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Maureen “Joey, je l’aime ce type. Toi je t’aime mais lui je l’aime plus. Je t’avais prévenu.”

 “Je crois qu’il est devenu dingue pour moi ”

Pauvre Joey, il n’aura été qu’un passe-temps... Eddie, lui, de son côté, fraîchement sorti de l’asile a lui aussi une nouvelle coupe. Bien décidé à récupérer sa Maureen.

Joey organise un dîner avec Eddie, lui et Maureen, dans son pavillon des beaux quartiers. Il est persuadé que Mau restera avec lui. Du côté des gens propres dans leur relation ouateuse. Eddie lui ne doute pas, il accepte le dîner, il va récupérer « sa petite patate ».

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Putain, la barraque !

Joey doit se rendre à l’évidence, il n’aura été qu’un passe-temps.

Et voilà ! Eddie et Maureen reprennent là où il se sont arrêtés, dix ans en arrière... Alors ça vaut le coup de devenir fou d’amour.

She’s so Lovely est un récit ou la générosité et l’amour de John Cassavetes sont omniprésents. Avec Sean Penn en fou merveilleux appelé « Eddie » et Robin whright Penn dans la peau de “Mau” une femme, fragile, cristalline et follement amoureuse. En revoyant ce film, je ne peux m’empêcher de penser à Love streams et Husbands à l’amour, l’amitié, la folie, les cigarettes et l’alcool. She’s so lovely est un film puissant dans toutes ses dimensions, de par ses émotions présentent dans toutes ces composantes : la photographie, les acteurs et leur direction, sur un scénario aux dialogues étincelants de poésie.

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Shorty “Tiens, j’ai piqué ça chez toi. Tu bois un coup.” 

Le film est terminé. Je vais mieux. L’espoir est revenu. Il est temps que je rejoigne ma Mau à moi, she’s so lovely.


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