What’s up cinema ?
jeudi 17 mai 2007
Le cinéma subit-il en ce moment une phase de transformation d’une telle ampleur qu’il serait « menacé » dans son existence même ? A longueur de textes, d’articles publiés dans la presse traditionnelle (surtout Libé) ou spécialisée, la planète cinéphile s’agite et s’interroge sur sa récente évolution. Dans les années 80, des cinéastes guettés par l’essoufflement parlaient de la mort du cinéma. En fait, c’est surtout le mode de distribution et de diffusion qui change, tandis que l’industrie tente de capter l’air du temps, en proposant des films à la demande, des produits inspirés par la touche « jeu vidéo », bientôt des objets accessibles sur les téléphones portables. Les « problèmes » des industriels ne coïncident pas nécessairement avec ceux des cinéphiles puisque les premiers cherchent à élargir sans cesse le champ des consommateurs (peu importe que l’image projetée soit sur une surface de quelques centimètres), sans se soucier de ce qu’ils proposent, du moment que leurs objets rapportent le plus possible l’argent. Quel est le rôle de la critique à l’heure où l’on se trouve quotidiennement envahi d’un flot d’images ? Peut-être justement de ne pas oublier le sens pratique du mot « critique ». Un bon article peut donner envie de découvrir un film, de réfléchir sur ce qui a (ou aura) été vu. Il n’a pas grand chose à voir avec le simple guide d’achat (l’écrivain Mohammed Dib parlait de la lecture présentée « comme un voyage organisé », sans surprises, ni découvertes), puisque la critique ouvre le champ de la réception (qui peut d’ailleurs se passer de lire une critique, pas de se poser des questions et de chercher des réponses) sans le refermer. Passé le débat souvent assez stérile entre la critique et la création – on dit souvent que les critiques ne sont pas des créateurs mais beaucoup de grands artistes et cinéastes furent aussi d’excellents critiques –, le point de vue primaire, narcissique et adolescent (le « j’aime » / « j’aime pas »), chacun peut exprimer un point de vue critique, du moment qu’un véritable point de vue est exprimé.
Après la diffusion massive de la télévision, l’arrivée de la VHS avait déjà anticipé un nouveau mode de réception. Dans la collection des « films de ma vie », une citation de Truffaut rappelait la façon dont on pouvait revoir un film sans tenir en compte de sa diffusion en salles, et sans devoir attendre plusieurs années. Selon lui, la découverte en salles était considérée comme impérative ou au moins nettement préférable : il s’agissait de « revoir » tel ou tel film, de pouvoir « l’étudier » en quelque sorte (c’est encore plus vrai avec le DVD) sans passer par la vision sur une table de montage, dans une cinémathèque. Désormais, combien de films vus sur écran de télévision ou d’ordinateurs seront ensuite redécouverts sur grand écran ? Au fond, il est assez amusant de se questionner sur l’état actuel du cinéma tant il fait désormais partie de notre univers contemporain. La célébration du « people », soit du vide et du conformisme, nous a moins permis de nous débarrasser du culte débile de la star (on se rappelle qu’il y avait parfois un talent, un jeu particulier, derrière la vie délicieusement fantasque et débridée étalée dans les gazettes). Surtout, le septième art continue d’inspirer les artistes plasticiens, les peintres et les photographes, les romanciers et les poètes, et son champ d’action dépasse très largement son cadre initial. D’ailleurs, il a toujours dialogué avec les autres arts (arts plastiques, théâtres), même lorsqu’il s’efforçait de conquérir son autonomie (c’était sous le mode du conflit créateur et de l’appropriation) avec les moyens qui sont les siens, et les grands musées et les centres d’arts contemporains organisent des projections et des cycles qui, comme les cinémathèques et les festivals, continuent d’attirer un nombre conséquent de spectateurs (avec un rajeunissement du public). Cela pourrait conduire à un processus de « muséification » et d’embaumement progressif du cinéma, sauf qu’un grand nombre de programmateurs fait preuve d’audace et que les films montrés stimulent et inspirent des cinéastes ou de futurs cinéastes, suscitent des discussions, de la curiosité, soit un réel intérêt qui crée un public toujours vivant. Reste à se souvenir que les délais de diffusion d’un film en salle « traditionnelle » (quand il ne dispose d’un grand nombre de copies) sont désormais de plus en courts, alors il faut sans cesse rester attentif aux films à (re)découvrir (quand verrais-je les films de Val del Omar sur grand écran ?), à voir pour la première fois, et aux « nouvelles » pépites contenues dans la masse de pellicule et de celluloïd alimentant nos salles aux coussins durs ou confortables, aux écrans somptueux ou « boîte d’allumettes ». Par-delà les époques, les pays, les supports,
...Aller au cinéma.