En 1996, avec le film de Lucian Pintilie, Prea tarziu / Trop tard (présenté dans la compétition officielle) l’histoire des films roumains présentés à Cannes s’arrête pour reprendre en 2001 avec le film de Cristi Puiu, Marfa si banii / Le matos et la thune, qui réintroduit l’espace cinématographique roumain dans le circuit international. Cette année, quatre cinéastes roumains ont été présents à Cannes : Cristian Mungiu, Cristian Nemescu, Cristi Puiu et Catalin Mitulescu.
Cristian Mungiu (né en 1968) Le film Patru luni, trei saptamani si doua zile / Quatre mois, trois semaines et deux jours n’est pas le résultat d’un calcul ; cela vient du fait que, quand j’écris, je commence avec une histoire personnelle que je voudrais raconter, mais qui a eu lieu suffisamment longtemps pour que je puisse en être suffisamment détaché. Oui, j’ai une certaine nostalgie pour les habitudes, les objets et la façon de vivre que j’avais à 20 ans. Je me rappelle très bien des moments de mon enfance ou de ma jeunesse et si je les raconte j’ai l’impression qu’ils vivent encore un peu. Je pense que les réalisateurs (roumains de ma génération) sont arrivés au moment où ils font un film sur leur jeunesse. Il s’agit de personnes qui aujourd’hui approchent la quarantaine. Je pense que la remémoration du communisme ce n’est pas l’objet, mais l’arrière-plan des histories que nous racontons. Tenant compte de la différence fondamentale entre le style de vie de cette époque-là et celui d’aujourd’hui, la tentation de rechercher les souvenirs est d’autant plus grande. Il est une occasion de revivre la sensation d’avoir 20 ans. Quatre mois, trois semaines et deux jours est différent de mon précédent film, Occident, car il est dépouillé de tout ce qui n’est pas indispensable à l’histoire, dans le but de tout laisser s’exprimer avec un minimum d’interventions visibles de la part de l’auteur. Il m’a été difficile de trouver les ressources pour ce deuxième long métrage, car je ne savais pas trop quelle direction prendre. J’ai longuement réfléchi et le jour où j’ai décidé quoi et comment, j’ai su au moins dans quelle zone chercher l’histoire. J’ai respecté le scénario, mais j’ai tout le temps réécrit au long du tournage, surtout les dialogues. Ensuite, le travail avec les acteurs, la position de la caméra ont éliminé ce qui n’était pas important. J’espère que le film provoquera au moins un tressaillement à ceux qui ont vécu une histoire pareille dans leur vie.
Catalin Mitulescu (né en 1972) Cum mi-am petrecut sfarsitul lumii / Comment j’ai fêté la fin du monde est un film d’amour qui parle du besoin d’avoir des certitudes. Mon personnage principal se trouve au moment où il doit prendre des décisions et le fait d’avoir rencontré Veli l’aide à voir les choses différemment. C’est une histoire contemporaine où le fantôme de Ceausescu a sa place, d’ailleurs il est encore présent autour de moi. Mes personnages ont aussi des incertitudes, mais ils ont la chance de s’aimer et l’amour les porte dans un autre monde. Un balon in forma de inima / Un ballon en forme de cœur est le titre de travail de mon prochain film. Dans ce contexte j’ai été invité à Cannes dans le cadre du programme Atelier de la Cinéfondation (crée en 2005) qui soutient les jeunes cinéastes à mettre en oeuvre leurs projets. Nous avons déjà un producteur français avec lequel nous avons travaillé au précédent film, Les films Peléas, qui s’occupera du financement en France. A Cannes nous parlerons du projet afin de le promouvoir et non pas dans le but de chercher des financements. L’invitation à cet atelier est, à mon avis, un geste de sympathie fait par le festival envers les cinéastes qui sont attendus avec de nouveaux films et que les organisateurs voulaient qu’ils y soient présents également cette année.
Cristi Puiu (né en 1967) Après Ion Popescu-Gopo, Mihnea Gheorghiu, Dan Fainaru et Eva Sarbu, Cristi Puiu est le cinquième roumain présent dans un jury à Cannes. Cette année, Cristi Puiu fait partie du jury de la section Un Certain Regard.
La section a été crée en 1979 et représente le correspondent dans le Festival de la section parallèle, Quinzaine des Réalisateurs. C’est une section qui promeut le nouveau cinéma et tout ce qui peut être novateur. Le plus important est d’être présent dans la sélection. Le fait de recevoir un prix peut être discutable. Il s’agit d’une somme de critères des jurés, un mélange bizarre, finalement. J’ai fait partie d’autres jurys, à Alba Regia, à Varsovie, à Linz. Un jury représente la rencontre de gens de différentes cultures, avec des visions différentes sur le cinéma. Je suis assez tranchant dans mes opinions et il m’est arrivé d’avoir des débats assez durs. Je présenterai également le film de Liviu Ciulei Padurea spanzuratilor / La forêt des pendues (Prix pour la mise en scène, Cannes 1965) dans la section « Cannes classics » et c’est une mission assez difficile pour moi. C’est un film que j’apprécie parce qu’il est et le premier à faire la liaison entre la période classique et la période moderne de la cinématographie roumaine. Il s’agit d’un repère et quand tu es réalisateur tu ne peux pas créer sans repères. Je ne sais pas si je suis un bon membre de jury, mais je sais que j’ai une vision du cinéma suffisamment cristallisé pour que puisse sanctionner le mensonge et l’imposture. Car il est très facile de mentir quand tu fais de l’art.
Cristian Nemescu (1979-2006) Cristian Nemescu et son ingénieur de son, Andrei Toncu sont disparus l’année dernière dans un accident de voiture. Le film California dreamin’ auquel ils travaillaient a été fini par Catalin Cristutiu (une histoire pleine d’humour qui se passe dans un village de Roumanie après la Révolution) et il est présent à Cannes, dans la section Un Certain Regard. Par ailleurs, Cristian Nemescu avait fait quelques films de court-métrage (dont Marilena de la P7 / Marilena du P7). Sa mort a provoqué la création d’un nouveau festival dans le paysage cinématographique roumain, « Next », dont la première édition a eu lieu au mois de mars dernier.
Films roumains participants dans la compétition officielle du Festival de Cannes :
1946 – Immortelle des neiges de Paul Calinescu 1956 – Afacerea Protar / L’affaire Protar de Haralambie Boros 1957 – Moara cu noroc / Le moulin du bonheur de Victor Iliu 1958 – Ciulinii Baraganului / Les chardons du Baragan de Louis Daquin 1960 – Telegramele / Les télégrammes de Gheorghe Naghi et Aurel Meheles 1961 – Darclée de Mihai Iacob 1962 – S-a furat o bomba / On a volé une bombe de Ion Popescu Gopo 1963 – Codin d’Henri Colpi (Prix pour le scénario) 1965 – Padurea spanzuratilor La forêt des pendus de Liviu Ciulei (Prix pour la mise en scène) 1966 – Rascoala / La révolte de Mircea Muresan (Prix de début) 1971 – Animale bolnave / Animaux malades de Nicolae Breban 1994 – O vara de neuitat / Un été inoubliable de Lucian Pintilie 1995 – Senatorul melcilor / Les escargots du sénateur de Mircea Daneliuc 1996 – Prea tarziu / Trop tard de Lucian Pintilie
Autres présences roumaines à Cannes :
Section Un Certain Regard : 1979 – Salonul n° 6 / Salon n° 6 de Lucian Pintilie 1982 – O lacrima de fata / Une larme de fille de Iosif Demian 2005 – Moartea domnului Lazarescu / La mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu (Prix Un Certain Regard) 2006 – Cum mi-am petrecut sfarsitul lumii / Comment j’ai fêté la fin du monde de Catalin Mitulescu (Prix d’interprétation féminine)
Section Court métrages : 1946 – Rapsodie rustica / Rapsodie rustique de Jean Mihail 1955 – In cantec si dans / Dans la chanson et la danse de Ion Bostan 1956 – Surubul lui Marinica / La vise de Marinica de Ion Popescu Gopo, Pictorul / Le Peintre de Ion Bostan 1957 – Scurta istorie / Brève histoire de Ion Popescu Gopo (Palme d’Or) 1958 – Sapte arte / Sept arts de Ion Popescu Gopo 1960 – De dragul printesei / Pour l’amour de la princesse de Ion Popescu Gopo 1962 – Voronet de Ion Bostan 1964 – Memoria trandafirului / La mémoire de la rose de Sergiu Nicolaescu 1969 – Cantecele renasterii / Les chansons de la renaissance de Mirel Iliesiu (Palme d’Or) 1976 – Hidalgo de Ion Truica 2004 – Trafic de Catalin Mitulescu (Palme d’Or)
Section Cinéfondation : 2001 – Bucuresti-Wien / Bucarest-Vienne de Catalin Mitulescu 2002 – 17 minute intarziere / 17 minutes trop tard de Catalin Mitulescu 2004 – Calatorie la oras / Voyage dans la ville de Corneliu Porumboiu (deuxième Prix Cinéfondation)
Section Quinzaine des Réalisateurs : 2001 – Marfa si banii / Le matos et la thune de Cristi Puiu 2002 – Occident de Cristian Mungiu 2003 – Niki ardelean, colonel in rezerva / Niki et Flo de Lucian Pintilie 2006 – A fost sau n-a fost / 12h08 à l’est de Bucarest de Corneliu Prumboiu (Caméra d’Or)
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