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Un samedi caniculaire à Bucarest est un très bon prétexte pour aller dans un multiplexe climatisé pour voir un film. Et pourquoi pas California dreamin’ de Cristian Nemescu, très jeune réalisateur roumain disparu dans un accident de voiture à la fin du tournage du film, l’été dernier.
Préparée pour une projection de deux heures et demie (car celui qui a monté le film de Nemescu avait envie - à juste titre - de couper le moindre possible de l’œuvre du réalisateur), je m’installe dans la salle, curieuse de voir le travail de ce cinéaste, représentant la génération d’après la révolution roumaine de 1989. Le défi est d’autant plus grand que Nemescu, plus jeune que les représentants de « la nouvelle vague » du cinéma roumain (Cristi Puiu, Cristian Mungiu, Corneliu Porumboiu, Catalin Mitulescu, Radu Muntean et Tudor Giurgiu), n’a pas vraiment connu l’époque communiste. Il arrive donc avec une perspective cinématographique différente de celle de ses collègues trentenaires.
Le film est basé sur un fait réel. Dans un village perdu de la plaine du sud de la Roumanie, le chef de gare arrête un train de l’OTAN qui traverse le pays pour aller en Serbie lors des évènements du Kosovo de 1999. La raison de cet incident est très simple : le chef de l’opération américaine ne détient pas tous les documents de transport.
Autour de cette histoire drôle Nemescu tisse l’action du film et dresse les portraits des personnages principaux avec substance, force et humour : le chef de gare, mauvais père, frustré, méchant et corrompu, qui se montre soudainement bizarrement honnête et exigeant envers les américains ; sa fille, en pleine adolescence et en quête de repères ; le maire du village, incompétent et ridicule ; les américains et leurs chef, absolument impuissants au milieu de cette étrange communauté.
Le talent de Nemescu est de surprendre de façon fidèle la réalité roumaine, certains de ses caractéristiques et de ses symboles.
Histoire drôle « à la roumaine » donc, teintée de tristesse dans son épilogue. Les gens qui attendent un salut de la part des américains sont complètement dupés. Le chef de gare est tué dans une embuscade préméditée sous l’impulsion du mythe de liberté et de démocratie que les américains représentent. Lorsque le train de l’OTAN a le feu vert pour partir, les américains quittent le village au moment, laissant seuls, avec leur réalité, les « révolutionnaires » d’un jour.
Le film a remporté le prix Un certain Regard cette année à Cannes. Je le conseille vivement aux cinéphiles, et pas seulement sous 45° à l’ombre.
